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Épisode 8 : les découvertes issues du diagnostic à Flins/Les Mureaux (suite 3)

Durant l’Antiquité (de 30 avant J.-C. au Ve siècle après J.-C.), il y avait…

... une installation cultuelle, un chemin aménagé et une occupation de la toute fin de l’Antiquité.

Si, autour du Bassin méditerranéen, l’Antiquité débute avec l’invention de l’écriture, en France, c’est l’invasion romaine et plus précisément la défaite d’Alésia en 52 avant J.-C. qui marque le début de la période antique. C’est effectivement au cours du 1er s. avant J.-C. que la Gaule se romanise et que le monde Gallo-romain se met en place. Plusieurs aspects de la société se modifient progressivement : installation de nouveaux réseaux d’échanges, transformation des réseaux routiers et du paysage agraire, instauration d’une organisation administrative, développement des techniques de construction avec l’utilisation plus massive de la pierre, évolution des techniques de fabrication et du style de nombreux objets, notamment de la céramique…

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Chronologie des découvertes réalisées à Flins/Les Mureaux : l’Antiquité.

▪ Entre 30 et 10 avant J.-C. : un aménagement dédié à un rituel…

Une structure carrée (2,65 sur 2,65 m), marquée par 4 fosses placées aux angles, peut être interprétée comme une installation à vocation rituelle. Elle a pu être aménagée lors d’une cérémonie de funérailles destinée à une élite aristocratique. Cet aménagement a subit plusieurs phases de transformation :
- À l’origine, il s’agit d’un bâtiment sur 4 poteaux en bois (les 4 fosses retrouvées en sont les vestiges, on les nomme "trous de poteaux").

De plus, à seulement quelques mètres de cette installation, dans l’alignement de deux des trous de poteau, un vase retrouvé entier a fait l’objet d’un dépôt volontaire, mais il ne contenait rien.

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Petit pendant en bronze d’un harnachement de cheval, découvert à proximité du vase déposé en offrande.
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Dégagement du vase déposé en offrande à proximité du bâtiment.
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Dépôt de carcasses dans chaque fosse …qui dessinent un carré parfait !

- Puis, dans un second temps, des carcasses de bœufs (têtes et thorax uniquement) ont été déposées à l’ancien emplacement des poteaux, dans des trous recreusés. Il est actuellement difficile d’interpréter l’intention exacte de ce type de geste.



- Et dans un troisième temps, un coffrage en bois, d’environ 1,50 m de long sur 1,20 m de large, est placé sur l’une des fosses (sur les d’ossements donc). Les archéologues ont pu identifier ce dernier grâce à la présence de plusieurs clous dessinant un rectangle. Ce coffre en bois contenait des os d’animaux calcinés et des vases en céramique retrouvés cassés.

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C’est dans cet amas de mobilier que les archéologues ont découvert les clous permettant d’identifier le coffre en bois et le mobilier qu’il contenait…
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… notamment, ces vases accompagnés d’os animaux brûlés.
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Amphores provenant d’Italie, du sud de l’Espagne et de Lyon. Le fond de deux d’entre elles a été brisé avec une lame.

Ce coffrage a lui-même été recouvert de fragments d’amphores à vin présentant des traces d’un bris volontaire réalisé avec une lame (d’épée ?) : ont-ils sabré le vin comme nous sabrons aujourd’hui le champagne ?








▪ Du Ier siècle avant J.-C. au IIIe s. après J.-C. : un chemin empierré…

Un chemin, orienté nord-sud, a été découvert à plus de 2 m de profondeur, installé sur un sédiment argileux correspondant au sol marécageux d’un chenal aujourd’hui disparu. Il servait certainement de gué pour la traversée de cet ancien chenal afin de rejoindre les rives de la Seine.

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Relevé et photographies du chemin avec la localisation de l’amas d’os de cheval.

Peu de mobilier y a été mis au jour. Quelques tessons de céramique et deux monnaies ont tout de même permis la datation de cet ensemble utilisé pendant au moins quatre siècles. La découverte d’un amas d’os de cheval au bord du chemin n’a pas encore trouvé de signification (au premier plan sur la photo).
Les archéologues ont dégagé environ 20 m de ce chemin, large de 3 m. Il est composé d’un radier de pierres (calcaire et meulière) et bordé de plus grosses pierres en grès, meulière et calcaire.









▪ Durant l’Antiquité tardive : des populations d’origine germanique ?

À la fin du IVe siècle et à la première moitié du Ve siècle après J.-C., une occupation a été identifiée grâce à la présence de céramiques régionales de tradition gallo-romaine mais également de céramiques d’origine germanique. Seules cinq structures peuvent être attribuées à cette occupation ; ce sont surtout les objets découverts isolément qui ont permis leur identification.

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Le sol empierré et le négatif de la poutre, vestiges d’une habitation ?

Parmi les structures identifiées se trouve un sol empierré interrompu par une rigole qui pourrait correspondre au négatif d’une poutre horizontale posée au sol (sablière). Elle pouvait servir à supporter un mur en matériaux périssables (bois et terre) qui n’a donc laissé aucune trace… sont-ils les vestiges d’une habitation ?

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Céramiques de style germanique.

La céramique germanique se distingue de la céramique gallo-romaine par une technique de montage totalement différente : tandis que la céramique gallo-romaine est montée au tour de potier, la céramique d’inspiration germanique est réalisée aux colombins (boudins d’argile), c’est-à-dire modelée puis lissée à la main.

Mais, c’est la découverte exceptionnelle de deux armes qui donne un éclairage nouveau sur les mouvements de population au Ve siècle. Il s’agit d’une pointe de lance et d’une épée en fer, toutes deux alano-sarmates, c’est-à-dire appartenant à des populations situées dans l’actuelle Crimée (bassin de la Mer Noire).

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Lame d’épée alano-sarmate (avant restauration).

Très rare, l’épée est le troisième exemplaire retrouvé en France ! Cet armement pouvait appartenir à un soldat, venu au Ve siècle, au cours d’une campagne militaire, ou à un colon installé à proximité.

En image...

Dessins de l'épée et de la pointe de lance en fer d'origine alano-sarmate.
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"J’ai toujours rêvé d’être archéologue", l’expérience d’élèves de 5e de Bondy, dont le collège accueille en résidence Cyrille Le Forestier, archéologue de l’Inrap, pour une année scolaire. Une émission de 30 mn sur France Culture où les enfants s’expriment sur leurs découvertes et le métier d’archéologue. A écouter !

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