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Une écuelle gauloise peinte, à Bailly

Cette céramique a été découverte lors d’une fouille préventive réalisée, à la fin des années 1990, par des archéologues de l’Association pour les fouilles archéologiques nationales (cf. Les sources de l’actu : Granchon, 2012).

Elle est datée du tout début de la période gauloise, soit du Ve siècle avant notre ère, et a été mise au jour dans une grande fosse, située à la périphérie d’un habitat rural. Cette fosse servait, à l’origine, à stocker les céréales une fois les moissons terminées, puis elle a été réutilisée en dépotoir par les occupants de l’époque.
Les archéologues y ont donc retrouvé un grand nombre de restes culinaires (ossements animaux) et de tessons de céramique. Au total, cette seule fosse a livré 500 tessons, mais qui représentent moins de 50 récipients. Ces derniers, comme souvent en contexte domestique, sont très fragmentés. Il est très rare d’exhumer des exemplaires entiers et bien conservés.


Après un long travail de remontage, il est tout de même possible de restituer la silhouette complète de certaines céramiques et de se faire une idée assez précise de leur aspect général.

Ce vase en est un parfait exemple : la partie préservée représente à peine un tiers du récipient. Elle est constituée de 16 tessons qui ont été assemblés et collés de manière à obtenir des informations sur la forme de la poterie, son volume initial et sur les décors qu’elle portait.

Une forme courante, un décor remarquable

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Montage d’une céramique à l’aide de colombins, puis lissage.

Cette forme élégante est obtenue par façonnage de l’argile avec les mains. Plus exactement, elle résulte de l’assemblage de colombins (boudins d’argile), superposés et soudés les uns aux autres. Les parois font ensuite l’objet d’un lissage soigné, avant et pendant le séchage. Cette opération permet non seulement de régulariser les surfaces interne et externe, mais aussi d’améliorer l’étanchéité du vase et de faciliter l’application des décors.

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Vocabulaire descriptif d’une céramique archéologique.

D’un point de vue morphologique, ce vase est caractérisé par son profil sinueux. Il est classé, par les céramologues, dans la catégorie des écuelles à épaulement haut et bord droit, ce qui permet d’orienter le travail de comparaison avec les céramiques de référence.

Ce type de récipient est commun dans les vaisseliers du tout début de la période gauloise. Il est souvent utilisé au sein de la maisonnée, vraisemblablement pour la préparation et la consommation des repas.
L’exemplaire de Bailly fait néanmoins preuve d’une certaine originalité, notamment dans les choix retenus pour l’exécution et l’organisation de son décor peint.
Les peintures encore visibles sur la paroi externe sont de deux natures. On distingue :
- des décors obtenus par l’application d’une barbotine noire. Les motifs s’apparentent à des traits étroits et plutôt irréguliers. Les tracés sont effectués à l’aide d’un pinceau. Ils sont assez épais et chargés en matière, au point d’apparaître en léger relief à la surface du vase.
- des décors obtenus par l’utilisation d’une peinture rouge, appliquée en larges bandes.

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Organisation du décor peint sur le vase de Bailly.

Ces procédés techniques mixtes permettent d’obtenir des décors géométriques composés de motifs rectilignes simples. De manière générale, la structure est fixée par l’organisation des bandes de couleur rouge :
- deux bandes horizontales. La première souligne le bord du vase tandis que la seconde occupe le tiers médian du récipient ;
- des bandes rayonnantes qui convergent vers la base de l’écuelle de manière à accentuer sa volumétrie.

Les surfaces dépourvues de peinture rouge forment non seulement un bandeau horizontal, occupant l’épaulement, mais aussi une série de trapèzes, placés dans le tiers inférieur du récipient. Ces deux ensembles présentent des lignes réalisées à la barbotine noire : en partie basse, formant des trapèzes emboîtés et, en partie haute, créant une résille.



Céramique et identité culturelle

Pour autant que l’on puisse en juger, ce décor n’a pas d’équivalent strict en Île-de-France. Une large place est donc laissée à la créativité du potier. Il faut toutefois préciser qu’une telle composition est issue de traditions techniques, acquises après un long apprentissage. Les ethnologues ont démontré que ces "manières de faire" n’évoluent pas de façon aléatoire dans le temps et dans l’espace. Elles constituent, au contraire, le reflet d’héritages, propres à des groupes sociaux de taille variable (famille, caste, chefferie, etc.) dont les archéologues cherchent à déterminer les contours. En étudiant ces "manières de faire", il devient parfois possible de distinguer des aires stylistiques cohérentes au sein desquelles s’affirment des identités spécifiques (cf. Les sources de l’actu : Gosselain, 2002).

À Bailly, le potier a effectivement puisé dans un répertoire ornemental dont on trouve des échos sur des récipients mis au jour hors du département des Yvelines. En ce sens, ce vase constitue un témoignage matériel, parmi d’autres, qui contribue à une meilleure connaissance des groupes humains qui ont vécu dans les Yvelines au milieu du Ier millénaire avant notre ère.


Une écuelle comme celle de Bailly est avant tout le fruit d’une production locale et peu diffusée. Elle n’est pas issue d’ateliers comparables à ceux qui fleurissent dans le département au cours de la période gallo-romaine. Cette production potière s’inscrit au contraire dans une économie traditionnelle, fonctionnant à l’échelle d’un ou plusieurs villages.
Les observations effectuées sur les céramiques de Bailly révèlent l’existence de savoir-faire maîtrisés à toutes les étapes qui conduisent au produit fini. Néanmoins, elles ne donnent pas l’image d’une production spécialisée.
La confection d’une telle poterie relèverait davantage d’un système de production simple, centré sur les besoins spécifiques de la maisonnée et des activités quotidiennes. Pour autant, ce système n’est pas synonyme d’un niveau de compétence médiocre. Des qualifications certaines sont en effet requises pour parvenir à façonner et à cuire des poteries relativement fines, soumises à des usages répétés et éprouvants.


À Bailly, il semble que ces groupes aient été soumis à des influences multiples. Des liens étroits sont plus particulièrement entretenus avec les communautés installées au nord et à l’est du Bassin parisien, dans une vaste région centrée sur le cours moyen de la Seine, entre les vallées de l’Aube et de l’Oise. C’est du moins ce que suggèrent certaines caractéristiques récurrentes de la vaisselle céramique retrouvée sur ce territoire (cf. Les sources de l’actu : Bardel, 2012). Cette relative homogénéité concerne aussi bien le répertoire des formes que celui des décors.
C’est donc bien une impression d’unité culturelle qui se dégage des ensembles mis au jour par les archéologues. Reste à multiplier les découvertes pour parvenir à mettre en évidence l’existence de véritables territoires et à affiner la compréhension de la géographie culturelle de l’époque. Car il faut bien avouer que les sites du Ve siècle avant notre ère sont rares dans les Yvelines.

Il est donc encore tôt pour tenter de reconnaître des particularités régionales et d’évaluer l’importance des influences en provenance des marges sud orientales du Bassin parisien et de la moyenne vallée de l’Oise. Considérant la documentation actuellement disponible, la céramique de Bailly semble s’inscrire dans un ensemble culturel plus vaste dont le centre est sans doute à rechercher au nord-est de la France.

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