La prospection aérienne : une archéologie hors sols

En survolant les zones agricoles, à moyenne et basse altitude, des anomalies dans les cultures peuvent parfois être observées alors qu’elles restent invisibles depuis le sol. Plusieurs facteurs favorables doivent pour cela être réunis, comme la lumière, le type de végétation et le taux d’humidité. Ces variations dans la couleur et dans le développement des cultures vont progressivement intéresser les archéologues car elles trahissent la présence d’anciennes occupations humaines.

Une histoire liée aux techniques de vol

Un nouveau regard sur les sols naît lentement des progrès de la prise de vue en extérieur et en mouvement. Elle débute avec Nadar (pseudonyme de Gaspard-Félix Tournachon), qui en 1858, du haut d’un ballon à hydrogène, photographie pour la première fois la campagne vue du ciel. En 1925, en Syrie, le père jésuite Antoine Poidebard remarque qu’en volant au soleil couchant, avec une lumière rasante, d’infimes reliefs du sol apparaissent, évoquant des murs enfouis. Il les photographie et déclare sa découverte : l’archéologie aérienne était née.

Par la suite, les aviateurs militaires vont beaucoup contribuer à la recherche de sites, mais ce sont des Anglais qui institutionnalisent ce type de survols : MM. Crawford, Crampton et surtout J.-K. Saint-Joseph, avec l’aide du Department of Survey de la Cambridge University.

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Le différentiel de croissance des cultures au-dessus des vestiges construits et d’un creusement retenant l’humidité.

Et de 1921 à 1939, O. G. S. Crawford explore la campagne anglaise et découvre que des vestiges totalement arasés peuvent aussi être visibles dans la végétation, grâce à ses connaissances en hydrographie et en botanique.

Cette nouvelle perception du paysage est mise en application en France au cours des années 1960. Plusieurs prospecteurs français se révèlent alors : Roger Agache dans le nord de la France, René Goguey en Bourgogne, Bernard Edeine dans la Manche, etc.

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Découverte d’une cité romaine (Diodurum) par M. Zuber, en 1976, à Jouars-Pontchartrain.

Dans les Yvelines, ce sont tout d’abord des historiens, archéologues amateurs, qui survolent le territoire pour y repérer des sites, en particulier MM. Jalmain et Zuber, dès le milieu des années 60.






Une méthode utile à la protection des sites

Initiée dès 1987, la prospection aérienne devient une part importante des missions du Service archéologique départemental des Yvelines (SADY). Elle joue un rôle prépondérant dans l’enrichissement de l’Inventaire du patrimoine archéologique et, par là même, dans sa protection. La découverte et l’identification de nouveaux sites archéologiques permettent d’anticiper les risques de destruction lors de travaux d’aménagement.

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Les murs d’un fanum gallo-romain se révèlent, en creux, au fil des saisons et des plantations (Bonnières-sur-Seine).

L’apport de la prospection aérienne est particulièrement important dans les zones rurales ; elle complète les recherches en archives. Et pouvoir traverser le département en moins de 30 minutes pour observer le territoire autrement est un véritable plus.

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De vastes enclos fossoyés, plus humides, se détachent des cultures (Mittainville).

Des campagnes annuelles de prospection ont été réalisées, par le SADY (de 1996 jusqu’en 2011), sur l’ensemble des espaces “survolables”. Elles ont contribué à la “découverte” de 434 indices de sites archéologiques, équivalant à environ 11 % des sites répertoriés dans l’Inventaire départemental (chiffre pour la totalité des prospecteurs 1). Ainsi, au terme des 18 campagnes de prospection, le service départemental effectua 190 heures de vol. Les avions utilisés sont des monomoteurs légers ou ultralégers (ULM), d’aérodromes locaux (ex. St. Cyr).



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Répartition des indices de sites découverts via la prospection aérienne (Carte archéologique départementale).

Il convient d’ajouter le temps de traitement des images : localisation, analyse, description, enregistrement. La position des vestiges est enregistrée à l’aide d’un GPS (auparavant, la carte IGN au 1/25 000e était utilisée) et l’information est intégrée à la Carte archéologique départementale (liée à un Système d’Information Géographique, SIG). Enfin, les informations obtenues sont déclarées auprès de la DRAC, Service régional de l’archéologie.

Ces indices de sites, révélés en prospection aérienne, doivent ensuite faire l’objet d’une vérification au sol, afin de fournir une datation avérée par la collecte de mobilier. Par ailleurs, les cartes anciennes, les plans terriers, comme la Carte des Chasses du Roi ou le cadastre dit "napoléonien", sont systématiquement confrontés aux indices découverts.

L’efficacité de cette méthode reste cependant mesurée ; les traces sont fugaces et peuvent parfois disparaître en l’espace de quelques jours. La rotation des cultures ou la météo rendent la démarche incertaine. À chaque campagne de prospection, même s’il s’agit de zones déjà survolées, l’archéologue ignore s’il découvrira de nouveaux sites ou même s’il apercevra des vestiges déjà connus.
Pour exemple, en 2015, un survol a été réalisé, cette fois-ci à l’aide d’un drone, afin de photographier des tranchées militaires datant de 1915, repérées une unique fois en 2008, par avion. Malheureusement, les conditions climatiques ou botaniques ne devaient pas être réunies car les tranchées n’ont pas été vues.


Si cette méthode vous intéresse, vous pouvez emprunter une exposition itinérante réalisée par le SADY : Y a de l’archéologie dans l’air...


1 Le travail réalisé par la collectivité n’occulte pas les nombreux vols effectués par les archéologues bénévoles, passés et présents, qui sont un appui irremplaçable à la recherche. _

En image...

Un site insolite : le décor du film « Astérix contre César », tourné en 1998, à Clairefontaine-en-Yvelines ! Tranchée en zigzag de la guerre 39-45, repérée à Jouy-Mauvoisin. La forme urbaine héritée du Moyen Âge se perçoit aisément en vue aérienne (St. Arnoult-en-Yvelines).
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