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Le port gallo-romain des Mureaux

Un port de commerce sur la Seine


Au cours des XIXe et XXe siècles, plusieurs fouilles ont révélé l’existence d’un important port antique sur les bords de Seine, aux Mureaux. Les premières constructions, situées au bout de la rue des Gros Murs, ont pu être datées d’environ 50 de notre ère, puis les activités portuaires ont perduré jusqu’au milieu du IIe siècle.
Les opérations archéologiques menées par le SADY, dans les années 80, ont permis d’étudier l’aménagement des quais et les différentes installations associées au port.







Une agglomération dès l’époque gauloise

Au début du IIe siècle avant notre ère, des populations gauloises (Carnutes) s’installent au nord de la Seine, côté Meulan, sur l’Île-Belle. Puis, une véritable agglomération s’étend jusqu’aux Mureaux.
Les traces archéologiques se résument à des bâtiments construits en bois et torchis et des objets qui montrent une importante activité artisanale (ex. le travail de l’os animal : alène et aiguille pour la pêche, dés à jouer, charnières…). La qualité de certains objets traduit également l’existence d’une élite aristocratique au sein de cette agglomération gauloise.
Bien qu’aucun port n’ait été repéré pour cette période, le commerce à longue distance y était déjà développé comme en attestent les amphores d’origine greco-italique, recueillies en fouille, importées dès le Ier siècle avant notre ère.

Des quais aménagés en terrasse à l’époque romaine

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Portion de quai au cours des fouilles de 1986 (à gauche) et ce qu’il en reste en 2015 (à droite).

Plusieurs portions des quais de chargement gallo-romains ont pu être fouillées, sur plus de 50 m de long (une partie est encore visible le long du chemin de Halage). Construits sur des murs de 1 à 2 m de haut, les quais forment de larges terrasses surélevées qui consolident les berges du fleuve. Ces terrasses pouvaient servir au chargement/ déchargement et au stockage des marchandises transitant par le port.

Les murs sont constitués d’un parement en bloc équarris de calcaire et de grès, comblé par des pierres liées à l’argile. Les fragments de poterie retrouvés autour de ces blocs permettent de dater la construction du milieu du Ier siècle. La découverte de deux emplacements pour des poteaux en bois évoque les vestiges de pieux d’amarrage servant à l’accostage des bateaux.

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Les quais, bâtis en pierre, forment des terrasses surélevées.

Sur la terrasse, les vestiges d’un bâtiment et d’une cave ont également été identifiés ; ils pouvaient être utilisés comme lieux de stockage.

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Portion du quai avec une rampe dallée menant au fleuve (en bas).

Au début du IIe siècle, on constate quelques derniers aménagements, notamment l’ajout d’une rampe dallée descendant vers le fleuve, à l’ouest du quai. Cependant, celle-ci est rapidement recouverte de débris divers (tuiles, blocs de mortier, gravats, pierres, etc.) qui évoquent la destruction et l’abandon finale du port. Parmi les débris, un sesterce d’Hadrien permet de situer ces évènements autour de la fin du IIe siècle.

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Sesterce de l’empereur Hadrien découvert aux Mureaux.

L’existence d’un pont ?

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Hypothèse de restitution du port des Mureaux (le pont prolonge la rue actuelle des Gros Murs).

Un pilier maçonné retrouvé en fouille, au bout de la rue des Gros Murs, et la présence de rangées de poteaux, observés au XVIIIe siècle dans la berge, pourraient indiquer l’emplacement d’un pont. Cette rue actuelle étant une ancienne voie romaine, il est probable qu’un pont ait été construit, dès la période romaine, pour traverser la Seine et prolonger l’importante voie de communication nord-sud, reliant Beauvais à Orléans.

Des recherches, faites au XIXe siècle par M. Guégan de l’Isle*, mentionnent la présence d’un chemin de halage, longeant la Seine en contrebas des terrasses, pour tracter les bateaux à l’aide de cordes. Cet espace est aujourd’hui en eau, il est donc difficile de confirmer son existence dès l’époque romaine.


Une activité économique diversifiée

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Origine et type de marchandises transitant aux Mureaux, au IIe siècle.

Au-delà des structures portuaires, le mobilier archéologique apporte des éléments d’information sur le type et l’origine des marchandises qui transitaient par le site. Bien que les contenus aient disparu (produits périssables), les contenants avec leurs formes spécifiques (amphores) nous renseignent sur ce qu’ils transportaient : huile, vin, préparations de poisson,… et sur leur origine (Italie, Espagne, sud de la France).
De même, différents types de vaisselle (coupes, assiettes, cruches, pots) retrouvés sur le site sont issus d’un commerce d’assez longue distance.

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Bas-relief représentant deux personnages liés à des divinités ? (cliché : Musée des Antiquités de Rouen).

Avec ce port très actif, une ville gallo-romaine se développe dans l’axe de la rue des Gros Murs, favorisée par les échanges et le commerce florissant. Elle a laissé quelques traces archéologiques, notamment des thermes, un bas-relief sculpté provenant probablement d’un bâtiment public et un ensemble de vaisselle en bronze, qui témoignent de sa richesse au moins jusqu’au IIe siècle. Progressivement, les activités diminuent jusqu’à l’abandon des rives du fleuve au IIIe siècle.

Il faudra attendre la période carolingienne (IXe siècle) pour que le port soit à nouveau réoccupé ponctuellement, ainsi que le secteur situé aujourd’hui sous le parc de l’Oseraie, avant d’être totalement abandonné au XIe siècle.



- Cet article rend compte des fouilles et analyses portées, dans le milieu des années 80, par deux archéologues du SADY : Pierre-Jean Trombetta (premier archéologue départemental) et Yvan Barat (antiquisant de talent) qui nous ont quitté il y a peu. Nous voulions leur rendre hommage par ces quelques mots.

En image...

Ensemble de vaisselle en bronze, daté du IIe siècle (à découvrir au musée archéologique de Guiry-en-Vexin, 95).
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