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L’église Saint-Martin de Verneuil-sur-Seine vue par les découvertes archéologiques

Un projet, porté par la municipalité, d’installer un chauffage au sol dans l’église Saint-Martin a entraîné la réalisation, en octobre 2012, d’un diagnostic archéologique préventif par le Service archéologique départemental des Yvelines (SADY).
L’édifice avait fait l’objet de quelques travaux d’érudition aux XIXe et XXe siècles, principalement basés sur des documents d’archives (plans et écrits), et la plus ancienne mention écrite de son existence date de 1090.

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Un sondage dans l’église Saint-Martin révèle les fondations de piliers plus anciens.

Les 5 sondages ouverts pendant le diagnostic avaient donc pour but de préciser l’histoire de ce lieu de culte et de rechercher un éventuel bâtiment antérieur à l’époque romane. Des fondations en blocs de calcaire, recouverts de mortier, ont d’ailleurs été dégagées dans les espaces très exigus qu’offraient les sondages.








L’église Saint-Martin, un lieu de culte dès le IXe siècle

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L’abside de l’édifice du IXe siècle découverte dans un sondage.

Le sous-sol de l’église conserve une histoire bien plus ancienne que ne laissent penser ses murs ; la fondation de l’édifice remonte en réalité au premier Moyen Âge, à l’époque carolingienne (IXe-Xe siècles). En effet, un bâtiment rectangulaire, doté d’une abside à angles arrondis et d’un chevet plat, a pu être identifié sous le chœur de l’église actuelle.

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Plan supposé de l’édifice carolingien et localisation des tombes associées.

Et au sud de ce tout premier édifice religieux, trois tombes ont aussi pu être mises au jour, confirmant l’existence, dès cette période, d’un espace funéraire autour de l’église.

C’est entre la fin du XIe et le début du XIIe siècle, que la reconstruction de l’église primitive intervient véritablement, sur la base du plan carolingien. Les piliers sont rebâtis et augmentés de colonnes massives pour être plus élevés, probablement afin d’édifier la tour du clocher. Puis très vite, le chœur s’agrandit vers le nord et le sud. Une grande partie des décors sculptés des chapiteaux et des baies (motifs géométriques, animaliers, floraux…), date de cette période romane.

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La façade du chevet montre l’agrandissement de l’église au XIIe siècle.

La façade est, le chevet, a d’ailleurs conservé les traces de cet agrandissement dans l’assemblage des pierres ; les décors sculptés y sont aussi bien préservés (comme les deux visages au-dessus de la baie).

Une dernière étape d’extension de l’édifice s’effectue, probablement, entre la fin du XIIe et le XIIIe siècle, à l’ouest, par l’ajout de la nef et de deux collatéraux. L’ensemble se distingue du chœur à la fois par son style ornemental gothique (voûtes d’ogives) et son orientation légèrement désaxée.
Trois autres tombes ont pu être fouillées dans ce secteur, correspondant à un espace d’inhumation installé cette fois-ci à l’intérieur de l’église gothique.

Le diagnostic archéologique et les sources écrites n’ont pas fourni, jusqu’à présent, de détails sur l’histoire du bâtiment entre la fin du Moyen Âge et le XVIIe siècle. Toutefois, neuf sépultures mal situées dans cette période ont été retrouvées, marquant la dernière phase d’inhumation dans l’église. L’une d’entre-elles se distingue par son orientation inversée (la tête vers le sud-est), témoignage probable de l’inhumation d’un personnage ecclésiastique.

Le bâtiment a, par la suite, fait l’objet de nombreux travaux et transformations jusqu’au XIXe siècle (comme l’ajout du second étage du clocher au XVIIIe s.).

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Fouille d’une sépulture médiévale.

Un espace funéraire depuis la fin de l’Antiquité !

Entre les XIe et XVIIIe siècles, les églises sont aussi des lieux d’inhumation pour une partie de la population (bourgeois, nobles et prêtres). Lors du diagnostic archéologique qui portait sur 13 % du sol, ce sont 18 sépultures d’adultes et d’enfants qui ont été mises au jour, toutes orientées tête au nord-ouest, excepté une. Quatre périodes différentes d’inhumation ont pu y être observées :


1 - Une première tombe isolée

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La tombe féminine privilégiée, de la fin de l’Antiquité (en partie détruite par un aménagement postérieur).

Cette découverte bouleverse les connaissances sur l’histoire du site. En effet, cette sépulture située dans le chœur de l’église, s’est révélée remarquable par sa datation (elle existait avant toute construction). Cet individu de sexe féminin a bénéficié d’une tombe aménagée dans une large fosse, profonde d’1 m, et recouverte de gros blocs de grès et de calcaire. Ce type d’architecture funéraire et les fragments de sigillée d’Argonne retrouvés à proximité indiquent une inhumation de la fin de l’Antiquité (IVe ou Ve siècle).

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Phases de transformation de l’église et localisation de la tombe antique.

Autre particularité, les murs du bâtiment carolingien semblent suivre son orientation ; elle occupe même le centre de l’abside, obligeant à s’interroger sur son influence dans l’implantation de l’église primitive. Cette tombe serait peut-être à mettre en relation avec une nécropole, de la même période, découverte au XIXe siècle à 300 m au sud-est. Malheureusement, il ne reste que quelques photographies et peu de descriptions de ces sépultures antiques.






2 - Le cimetière autour de l’église carolingienne
Avec la première église du IXe ou Xe siècle, un premier cimetière se développe à l’extérieur du bâtiment. Trois sépultures, dont une d’enfant, ont été fouillées dans une zone située au sud du transept actuel. Deux des individus ont été déposés dans une fosse fermée par un couvercle en bois (sépulture en banquette).


3 - Des tombes dans l’église gothique

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Sépulture du XIIe ou XIIIe siècle.

Trois autres sépultures ont été découvertes dans la nef actuelle. Deux de ces tombes étaient aménagées avec un coffrage en plâtre, usage fréquent aux XIIe et XIIIe siècles. Le troisième individu a été déposé dans une simple fosse.
Ces trois tombes, appuyées contre une des colonnes de la nef, avaient volontairement été installées à l’intérieur de l’édifice.


4 – Des inhumations de la fin du Moyen Âge jusqu’à l’Époque moderne
La moitié des tombes découvertes date des XVe - XVIIIe siècles (neuf sépultures). Les individus sont alors enterrés profondément (env. 1 m) dans des cercueils en bois et sont présents dans toutes les parties sondées. Leur datation ne peut être précisée faute d’objets associés.

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Tombe en cercueil de la fin du Moyen Âge ou de l’Époque moderne.

Il est d’ailleurs fait mention, dans des archives, d’inhumations de quelques membres de la famille Aleaume, seigneurs de Verneuil, entre les XVIIe et XVIIIe siècles. Puis l’interdiction d’inhumer dans les églises sera imposée à la suite d’une série d’arrêtés et d’ordonnances royales, édités jusqu’en 1776.

Enfin, deux autres sépultures n’ont pas pu être datées précisément malgré leur relation stratigraphique avec les constructions : l’une est postérieure à l’époque carolingienne et l’autre antérieure à la fin du XIIe siècle.







Une découverte insolite du XIXe siècle

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Un dépôt volontaire d’objets du XIXe s. au cœur de l’église.

De nouveau au centre du chœur, une petite fosse rectangulaire s’est révélée intéressante pour les chercheurs. Elle contenait un dépôt volontaire de mobilier pourtant très courant : une cruche en grès entourée de deux bouteilles de vin et d’une rosace, en plâtre, portant la date de 1838. Et dans ce pot, fermé par une tomette et une monnaie (un douze deniers de Louis XVI, daté de 1792-1793), se trouvait aussi une cinquantaine d’objets du quotidien : flacons en verre, boutons, pipes, ciseaux, dés à coudre, serpette… et même une monnaie de 1798-1799.
Cette installation très particulière d’objets non sacrés, au sein d’une église, semble correspondre à un geste isolé dont la signification n’est pas encore expliquée. Aucun autre exemple de ce type n’a encore été retrouvé en France.

Lien pour consulter l’article détaillé sur ce dépôt.

En image...

Vue d'une des tombes carolingiennes (féminine).
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